04.11.2009

Aux armes et cetera ...



Depuis deux semaines, je m’interroge, glanant quelque information, commentaire ou opinion sur cette proposition. Avant toute opinion, un brin d’histoire, la Marseillaise a été créée par Rouget de Lisle en 1792, en pleine Révolution quelques mois avant le début de la Terreur qui rappelons le était une guerre civile et une épuration des nobles par les Sans- Culottes ; ce chant s’appelait à l’origine « Chant de guerre de l’armée du Rhin », car notre hymne n’est pas marseillais mais strasbourgeois.
Depuis une trentaine d’années, des voix s’élèvent pour réformer, moderniser ce chant guerrier, la plus connue de ces voix reste Serge Gainsbourg et son « Aux armes et cetera » qui lui valut quelques bleus fait par des para alsaciens ; nul ne peut nier la violence de certains mots ou phrases, en effet le refrain comprend le célèbre « Qu’un sang impur abreuve nos sillons » et un couplet « Que tes ennemis expirants, voient ton triomphe et notre gloire ». Je ne suis pas un fervent partisan de notre hymne et encore moins de l’obligation de son apprentissage par cœur puis de son chant mais je suis en revanche profondément convaincu de la nécessité de le connaître et de le comprendre en le resituant dans son contexte historique. Obliger de chanter la Marseillaise sans un soupçon de pédagogie ou d’éducation civique serait à mon sens contre-productif, et ne créera absolument pas de sentiment national.

De là, se pose inévitablement la question de l’identité française, qu’est-ce être français en 2009 ? Je pense qu’être français, ce n’est pas nécessairement de connaître par cœur son hymne national, sa devise ou la liste des Présidents depuis Louis-Napoléon Bonaparte. En revanche, je suis persuadé qu’être français c’est de reconnaître un ensemble de valeurs, de lois communes, et de connaître son passé glorieux ou non. On ne doit pas occulter des pans d’histoire de France parce que ceux-ci ne sont pas en adéquation avec l’image de la grandeur de la France ; l’école de la république doit aborder les Croisades et les Guerres de religion avec leurs exactions, le colonialisme, l’évangélisation, l’épuration faite après la Seconde Guerre Mondiale sans oublier bien évidemment les tortures perpétrées pendant la Guerre d’Algérie voire toutes les guerres de décolonialisation.

Etre français c’est connaître le passé de notre vieille France dans son ensemble mais aussi respecter et se reconnaître dans un ensemble de valeurs et une culture, culture et valeurs qui nous caractérisent selon nos voisins et qui sont issues des Lumières et des grands philosophes de notre beau pays comme les droits de l’Homme, la liberté de conscience, d’expression de circulation, l’égalité entre hommes et femmes, entre les citoyens français, la laïcité qui protège le fait d’avoir une religion ou pas et de pouvoir la pratiquer sans entrave, la solidarité et l’humanisme qui vont de paire avec la fraternité et notre bon vieux droit du sol garantissant la nationalité à tout individu né sur le sol français peu importe sa couleur, son origine sociale ou sa confession.

En revanche, le fait d’avoir eu des ancêtres qui sont morts pour la France ne rend pas quelqu’un plus français qu’un autre, je ne me sens pas moins français parce qu’aucun de mes ancêtres n’a combattu pour le pays dans lequel vit ma famille depuis des siècles tout comme je ne me sens pas plus français qu’un français de la première génération.

L’identité nationale est un sentiment personnel, on nait français ou on le devient par choix en acceptant les valeurs et les lois de ce pays mais personne ne pourra m’obliger à être fier de mon pays ; je suis fier de mon pays parce que je connais sa construction, que je me reconnais dans son socle de valeurs, dans sa philosophie, sa culture et pas parce que je suis blanc, chrétien né en métropole, ou que je connais notre hymne national ou notre domaine dont je me demande combien d’entre nous connaissent la signification des trois couleurs.

Alors que tu t’appelles Hicham, Amadou, Jean-Marie ou Wang, que tu viennes de Dunkerque, Villiers le Bel, Vieux-Bourg ou Papeete, nous sommes tous français quitte à faire de la peine à certains.

15.08.2009

La politique et l’économie : une histoire parallèle ?

Et si finalement la politique et l’économie vivaient dans deux mondes parallèles? Elles se côtoient, se regardent évoluer mutuellement, mais ne se rencontrent jamais. Et pourtant les hommes politiques n’ont de cesse de nous expliquer tout ce qu’ils vont faire pour l’économie lorsqu’ils seront au pouvoir. Tout ce que leurs prédécesseurs n’ont pas su faire, eux ils vont le faire. Des exemples? A foison.

«C’est la croissance qui est le moteur de l’emploi! L’année prochaine nous ferons 3% de croissance! S’il le faut j’irai chercher moi-même le troisième point de croissance! Il faut travailler plus pour relancer la croissance et ainsi gagner plus! Il faut travailler encore plus, même le dimanche, même malades! Il faut baisser les impôts de ceux qui peuvent investir dans la croissance! Diminuer l’impôt des riches pour faire de la croissance!»

Que l’on ne s’y trompe pas, d’autres ont en leur temps entonné la même antienne. «Il faut relancer la consommation, augmenter les salaires! Plus il y aura de consommateurs et plus il y aura de travail! Plus il y aura de travail et plus il y aura de consommateurs!»

Las! Malgré toutes les psalmodies des politiques, les imprécations, les agacements, les gesticulations, les promesses, l’économie suit sont cours. Mondiale, globale, dénuée de tout sentiment, sourde et aveugle aux vociférations des politiques. En fait de croissance, elle est négative nous disent-ils maintenant. Le déficit plonge vers des abîmes insondables.

Mais alors vos promesses? demandent benoitement les électeurs.
C’est la crise, elle est mondiale, répond l’élu sans se désarmer. Ce n’est pas de notre faute.
Mais j’avais compris que ce n’était qu’une affaire de volonté, qu’il suffisait de décider la croissance et le plein emploi pour que cela soit.
C’est vrai, mais les autres ne le veulent pas. Les grandes holdings internationales, les banquiers pourris des paradis fiscaux, les retraités américains, les délocaliseurs en série, les Madoff, les chinois… Ouh! Qu’ils sont méchants les chinois. Et nombreux avec ça.

Bon, c’est clair. Les politiques n’ont aucune influence sur le cours de l’économie. D’ailleurs la plupart du temps ils font une annonce, la revoient à la baisse le lendemain, la démentent le surlendemain et pour finir passent à autre chose en comptant sur la capacité d’oubli des électeurs. Ce qui fonctionne somme toute assez bien.

Non, les politiques sont faits pour transmettre des valeurs, projeter les peuples vers l’avenir, veiller à ce que personne ne soit laissé de coté, insuffler de l’éthique. Qu’ils cessent de s’occuper d’économie, ils ne sont pas capables de l’influencer directement. Par contre, lorsque la société aura retrouvé le sens des valeurs, le sens de ce qui fait que nous aimons vivre ensemble, alors peut-être qu’elle regardera avec plus de distance ces faux amis que sont la réussite, la gloire et l’argent.

Frédéric B.

06.08.2009

« Pour que la prison soit comme les antibiotiques, pas automatique … »

En ces temps de chaleur et sécheresse, les incendies rythment notre actualité estivale et malheureusement pour beaucoup d’entre eux ils sont d’origine criminelle œuvres de pyromanes, pompiers ou lambda. 2003 fut l’une des années noires pour nos massifs côtiers, une loi avait été adoptée condamnant ces pyromanes estivaux à de la détention ferme, à cette époque je donnais des cours en prison via une association que j’avais crée sur Valenciennes, l’Areasc, et je me suis demandé si mettre un incendiaire en prison était la meilleure réponse à cet acte motivé par je ne sais quelle raison.
Six ans plus tard et ma retraite carcérale bien entamée depuis quatre ans, je pense qu’il y a d’autres formes de réponse à une infraction, et je sais que ce que je vais dire va en choquer plus d’un mais je pense que la prison ne sert à rien hormis à rendre pis l’homme ; on ne sort pas de prison semblable à celui qu’on était en y entrant. Que l’on y soit détenu, prévenu, personnel pénitentiaire ou simple intervenant bénévole comme moi la prison nous change à tout jamais ; ce bâtiment glacial, bruyant, inhumain nous transforme, nous rend plus dur, plus froid voire insensible, on y côtoie du simple voleur de voiture au plus abjecte assassin ou pédophile et bien souvent ils sont mélangés dans les cellules, permettant l’apprentissage du pire pour les menus frottins. Mes cinq années d’enseignant bénévole en milieu carcéral m’ont forgé l’opinion que la prison ne résout pas du tout la criminalité mais au contraire l’empire.
La prison n’est pas le royaume des élites scolaires, le niveau scolaire moyen est équivalent au niveau 5° et le nombre d’analphabètes y est affolant. Il faut à mon sens mettre l’accent sur la pédagogie et l’enseignement, on connait tous la célèbre maxime d’Hugo « Quand on ouvre une école, on ferme une prison » et bien je pense qu’hormis une véritable réforme de l’école en profondeur il faudrait une véritable politique de réinsertion et de lutte contre la récidive par l’enseignement, la pédagogie et la prise de conscience de ce qui a été l’infraction commise.
Un pyromane est en prison que va-t-il comprendre de son acte, de la portée écologique et économique de l’incendie qu’il a causé ? Ne serait il pas plus utile à la société et aussi pour lui s’il était condamné à nettoyer les terres noircies par son acte, s’il replantait et débroussaillait les abords des routes pour éviter un nouvel incendie en lui donnant l’opportunité de comprendre et d’apprendre la biodiversité présente sur ces terres et dans ces garrigues .
Un vendeur de drogues ne serait il pas plus sain pour lui de lui montrer les dégâts des substances qu’il vend sur les jeunes, idem pour celui qui roule en état d’ivresse. Je ne pense pas que la prison soit le remède pour tous, bien entendu pour les meurtres et assassinats il est impossible de réparer ou de changer le comportement mais pour nombre de délits il y a une autre alternative à la prison et cela passe par la « rééducation » du délinquant afin qu’il évite de se sentir exclu de la société. Il est aussi important qu’ils témoignent de ce qu’ils ont vécu pour éviter que certains jeunes voient la prison comme le Club Med où il fait bon vivre , je me souviens des interventions de certains de mes anciens détenus dans les collèges classés ZEP du Valenciennois notamment Beuvrages ou Condé qui avaient ouvert les yeux des jeunes sur la prison et qui a permis aux anciens détenus de ne pas replonger et de reprendre des études et de se réinsérer dans la vie et dans la société.
Je pense que nous, humanistes et démocrates, devons réfléchir à un nouveau modèle de société et aux moyens de répression et de réponse à l’infraction, la prison devant être l’ultime échelon après un enseignement et une réparation à la société qui serait synonyme de prise de conscience et de rééducation.

Marc Bernier-Crépin