22.06.2009
Changement climatique et maladies émergentes, article de Nathalie Kosciusko-Morizet
Je voudrais signaler à votre attention deux événements des dernières semaines qui n'ont pas eu le même retentissement médiatique.
Je commencerai naturellement d'abord par une décision qui a fait la une de tous les médias : le 11 juin, l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) décidait d'élever le niveau d'alerte consécutive à la pandémie de grippe A, due au virus H1N1, du niveau 5 au niveau 6 : cela signifie que cette maladie, qui a touché à ce jour plus de 44 000 personnes dans 74 pays, dont 150 en France, et fait 180 morts, est une pandémie, c'est-à-dire une « épidémie touchant une part exceptionnellement importante de la population et présente sur une large zone géographique ». Mon propos à ce sujet n'est bien évidemment pas d'être catastrophiste, mais de vous inviter à vous renseigner sur le site gouvernemental (www.pandemie-grippale.gouv.fr) pour connaître les bons gestes, car il va falloir, bon gré mal gré, apprendre à vivre avec cette nouvelle maladie.
Je souhaite également vous indiquer une autre information qui a été beaucoup moins reprise: le 25 mai, les Délégués des 174 Pays et Territoires Membres de l'OIE (Organisation mondiale de la Santé Animale), réunis pour leur assemblée générale à Paris, ont lancé un avertissement sur l'émergence et la réémergence des maladies animales consécutives aux changements climatiques, phénomène aggravé par la globalisation des échanges commerciaux. Ces maladies aux noms « exotiques », comme la fièvre de West Nile ou la fièvre de la Vallée du Rift, sont beaucoup moins connus du grand public. Elles ne doivent pas pour autant être négligées soit parce qu'elles sont transmissibles à l'homme (ce que l'on appelle des zoonoses), soit parce qu'elles sont susceptibles d'impacts économiques importants sur les élevages.
Ainsi, la fièvre catarrhale ovine (appelée aussi FCO ou maladie de la langue bleue), maladie virale transmise par des moucherons qui n'affecte heureusement pas l'homme, était considérée il y a 10 ans comme une maladie exotique avec une répartition tropicale. Elle a fait son apparition au Sud de l'Europe (Grèce, Italie, Espagne, Corse) en 1998, puis dans le Nord et l'Est de la France à l'été 2006. Elle touche désormais une soixantaine de départements et provoque de lourdes pertes financières chez les éleveurs de ruminants domestiques (ovins, bovins, caprins).
Ces deux événements peuvent apparaître a priori sans lien. En effet, l'épisode de grippe qui sévit actuellement n'est pas une maladie d'élevage. Il n'est pas non plus la conséquence des changements climatiques. Cependant, ces deux événements doivent nous alerter sur les risques émergents dus aux changements climatiques.
De nombreuses maladies sont en effet hautement sensibles au changement des températures et au régime des précipitations. Ce sont par exemple des maladies à transmission vectorielle courantes, comme le paludisme et la dengue, mais également d'autres grandes tueuses comme la malnutrition et les maladies diarrhéiques. Or, selon l'OMS, les maladies diarrhéiques, le paludisme et la malnutrition ont provoqué à eux seuls plus de 3,3 millions de décès dans le monde en 2002, dont 29 % dans la Région africaine.
Le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) s'intéresse également aux effets consécutifs à l'augmentation de température, comme la mortalité liés à la chaleur (70 000 décès supplémentaires ont été imputés à la vague de chaleur en Europe à l'été 2003, dont 14 800 en France) ou les allergies aux pollens (en Suisse, la floraison de certains arbres est déjà survenue en moyenne 20 jours plus tôt entre 1951 et 2000).
La formalisation de l'urgence écologiste ne se traduira malheureusement pas éternellement par des belles images de la Terre filmée du ciel par Yann Arthus-Bertrand. Elle pourra à l'avenir revêtir l'aspect de maladies nouvelles ou que nous avions cru éradiquer dans nos pays : leishmaniose viscérale , leptospiroses, chikungunya, ...
15:02 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, modem, écologie, ps


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